Frappé par la Frappadingue

20/10/2013
in Category: Bières françaises
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Frappé par la Frappadingue

Si vous aimez les bières artisanales, si vous suivez 2013_10_20_Garrigues_frappadingue_01un tout petit peu l’actualité brassicole, vous en avez forcément déjà entendu parler. Vous en avez même, peut-être, déjà dégusté. De quoi ? Des IPA. IP quoi ? IPA, pour India pale ale. Parce que c’est LE style à la mode. Celui que (presque) tout le monde brasse. Et à raison, puisque c’est très bon. Enfin, quand c’est réussi, bien sûr. En France, on en trouve des excellentes. Comme cette petite « Frappadingue », pur produit de la Brasserie des Garrigues.

Bon, par quoi commence-t-on ? Par parler des IPA ou de la Brasserie des Garrigues ? Allons du général au particulier, si vous le voulez bien, et attaquons par les IPA. Remontons donc le fil du temps, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, et penchons-nous sur leur histoire. Nous voilà en Angleterre. Où débarquent, chaque semaine, des bateaux de retour des lointaines colonies de l’Empire, les cales pleines d’épices, de coton, de soie et de thé. Et au moment de reprendre le large, les navires repartent chargés de bière pour étancher la soif des sujets exilés de sa Majesté, incapables de brasser eux-mêmes sous des climats chauds et sans moyen de réfrigération.

« Le houblon et ses vertus conservatrices… »

Problème : à l’époque, les conditions de voyage ne sont pas fantastiques. Une fois arrivée à bon port en Inde, la bière n’a plus vraiment le goût de bière. Le produit a souffert. On se souvient alors que le houblon possède des vertus conservatrices. Et on se demande si une bière gorgée de plantes avec un degré d’alcool augmenté ne résisterait pas mieux au voyage. Qu’en dit Melissa Cole, dans son ouvrage « Tout sur la bière » ?

« Dans les années 1750, une cinquantaine d’années après la généralisation du malt pâle, la bière d’octobre de Hodgsons, vendue comme une pale ale en Inde, fut la première marque identifiée par les colons. Décrite comme une bitter pale brassée à l’automne et bien houblonnée, elle se bonifiait pendant la traversée. La bière subissait une maturation accélérée à cause des changements de température et des mouvements du bateau. Ce processus ne semble pas avoir modifié les autres styles de bière mais donna à la pale ale de Hodgsons une saveur lisse et complexe qui n’était autrefois obtenue qu’au terme d’une longue garde en cave. »

Bref, la IPA est née. Puis imitée et popularisée, puisque très appréciée. Melissa Cole, toujours :

« Burton upon Trent s’imposa peu à peu comme l’endroit où l’on pouvait se procurer de la pale ale. La ville reçut un excellent coup de pouce en 1871. Tout le pays s’inquiétait pour le prince de Galles qui avait contracté la typhoïde ; son père en était mort dix ans plus tôt. Il se fit servir un verre de pale ale de Burton et guérit […] La vogue de cette bière dans les années 1840 fut telle que l’importance de la demande aussi bien au niveau national qu’à l’exportation conduisit à une pénurie de houblon. »

Grandeur et décadence d’un style de bière. On saute les étapes intermédiaires. Sachez juste que les IPA glissent de leur piédestal et finissent, petit à petit, par tomber dans l’oubli. À tel point qu’au début des années 1970, plus personne ou presque ne brasse d’IPA. « Le début des années 1970 ? Bah, c’est le moment où la bière renaît grâce aux micro-brasseurs américains ça ! », allez-vous me dire. Mais tout à fait. C’est exactement ça. Les pionniers d’outre-Atlantique ressortent les IPA des cartons. Puis ils réinventent le style. Ils le modernisent. Et les India pale ales d’aujourd’hui, à part quelques très rares exceptions, n’ont plus grand chose à voir avec les India pale ales de 1750.

« Objectif : jouer avec des houblons aromatiques. »

Ah, un dernier détail avant d’oublier : l’histoire des bateaux, de la bière qui voyage plus ou moins bien, en fait, personne ne sait si tout ça est vrai. Les sources existent, mais elles ne sont pas forcément crédibles. Sans doute une belle légende inspirée de quelques faits avérés.

Passons à la Brasserie des Garrigues, maintenant. Elle a été créée à Sommières (Gard) en 2007 par Emmanuel Pierre-Auguste et Gwenaël Samotyj. Leur objectif : jouer avec des houblons aromatiques. Leurs bières, une douzaine de cuvées différentes, sont sans colorants, sans conservateurs, non filtrées et non pasteurisées. La « Frappadingue », nommée « Frappiste » à l’époque de sa création, se déguste à une température de dix degrés.

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La fiche technique :

  • Nom : Frappadingue.
  • Brasserie : Brasserie des Garrigues.
  • Type : India pale ale.
  • Teneur en alcool : 7,2 %.
  • IBU : 60.
  • DLUO : octobre 2013.
  • Pays : France (à Sommières, dans le Gard).

À l’œil : ambrée, pour ne pas dire orange. Assez trouble. Bulles fines. Mousse épaisse et blanche d’une tenue assez longue.

Au nez : arômes agréables et fruités (entre la pêche et le fruit de la passion). Bière bien houblonnée, aussi.

En bouche : attaque fruitée (pamplemousse). Qui laisse place ensuite à une amertume de plus en plus présente. Belle longueur en bouche.

Note : 17/20. Une belle IPA, bien équilibrée. Vraiment chouette.

NB : la Brasserie des Garrigues appartient au FHL, le Front hexagonal de libiération, une association créée par huit brasseurs français pour « lutter contre la standardisation des goûts et pour militer pour un retour à des bières houblonnées ». Mais de ça, on en reparlera plus tard.

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